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LES PREMIERS DOUBLES TOURNOIS DE LA PRINCESSE DE CONTY

| 08/06/2021
Informations

LES RARES DOUBLES TOURNOIS
DE LA PRINCIPAUTÉ ARDENNAISEDE CHÂTEAU-REGNAULT ET LINCHAMPS
AUX MILLÉSIMES 1613, 1614 ET 1615

Bien qu’ayant solennellement affirmé en 1575 leur droit de monnayage dans cette principauté souveraine, les Guise qui la possèdent depuis 1570 ne battent pas monnaie avant 1613. Leurs premières monnaies sont des espèces de cuivre : liards et doubles tournois. Ces pièces sont frappées en vertu d’un bail accordé le 19 janvier 1610 à Aymé Croys, seigneur de Turquan.

Le bail est signé conjointement par Louise-Marguerite de Lorraine, fille de Henri de Lorraine, duc de Guise, dit « le Balafré », et son époux François de Bourbon-Condé, prince de Conty, prince du sang, cousin de Henri IV. Louise-Marguerite a apporté la principauté en dot à François de Bourbon lors de leur mariage le 24 juillet 1605. Les deux époux règnent conjointement jusqu’au 3 août 1614, date du décès de François de Bourbon à Paris. Puis Louise-Marguerite règne seule jusqu’à la fin de décembre 1629, date de la ratification du contrat d’échange de sa principauté avec Louis XIII.

Les doubles tournois furent frappés en très grande quantité, par millions, en principauté de Château-Regnault et Linchamps. Ils sont tous au nom et à l’effigie de François de Bourbon, prince de Conty.

Dans leur immense majorité, ces doubles tournois sont dépourvus de millésime, ayant été frappés frauduleusement par la princesse après la mort de son mari, de 1615 à 1629. L’absence de millésime lui permettait de mieux contourner les décris du roi de France et d’éviter les poursuites.

On connaît néanmoins quelques très rares exemplaires millésimés 1613, 1614, 1615 et 1629. Ils étaient restés inconnus de Poey d’Avant (1862) et, ce qui est plus étrange, de J. R. De Mey (1985) dans la mesure où ils avaient été publiés tous les quatre en 1932 par Henri Descharmes.

LES DOUBLES TOURNOIS AU MILLÉSIME 1613

• 1re émission


(photo n°1)

François de Bourbon porte autour du cou un grand col de dentelle. Des deux côtés, la ponctuation est assurée exclusivement par des points. On remarque parfois l’écriture fautive BOVRBOVN au lieu de BOVRBON.
Référence : CGKL p.384 n°640.

• 2e émission
On ignore à quel moment de l’année 1613 cette seconde émission succède à la première. Le revers est identique au précédent, avec une ponctuation par points. En revanche l’avers, dont la légende débute maintenant en haut à 12h, est très différent. Il montre un portrait de François de Bourbon, sans rapport avec le précédent. Le prince porte désormais la fraise au lieu du col de dentelle et la ponctuation est assurée par des fleurons à la place des points. Référence : CGKL p.385 n°642.

LES DOUBLES TOURNOIS AU MILLÉSIME 1614


(photo n°2)

Ces doubles tournois sont identiques à ceux de la deuxième émission de 1613, à l’exception du millésime. Les exemplaires frappés en début d’année montrent encore un revers avec une ponctuation par points comme en 1613. Cette variété est inconnue du CGKL mais il existe un exemplaire aux U.S.A. dans la collection Robert Ronus.

Ensuite, à un moment indéterminé de l’année 1614, une ponctuation par fleurons est adoptée pour le revers comme elle existait déjà pour le droit en 1613 avec le nouveau portrait au col fraisé. On distingue de légères variétés affectant essentiellement la ponctuation et la légende qui montre parfois l’écriture fautive BOVRBOVN au lieu de BOVRBON, déjà rencontrée lors de la 1re émission de 1613.
Référence : CGKL p.386-387 n°644 et 646, les deux portraits étant identiques, seulement dans des états de conservation différents. La distinction faite entre eux par le CGKL nous semblant arbitraire, nous ne la retenons pas.

Le style du portrait introduit par la 2e émission 1613 et conservé en 1614, ainsi que la présence de fleurons en guise de ponctuation, font penser à une composition possible de Nicolas Briot. Celui-ci, selon nous, a pu graver le portrait de la pièce de XXX sols d’argent, 2e émission (après la mort de François de Bourbon, voir notre article dans le BSFN 75/01 de janvier 2020, pp. 16-21). Avant de graver cette pièce de XXX sols, Briot aurait-il commencé par graver des doubles ? Si oui, ceux au revers caractérisé par une ponctuation à fleurons, c’est-à-dire tous ceux connus sauf celui de R. Ronus, auraient-ils été créés après la mort de François de Bourbon ? Ces questions restent pour le moment sans réponse.

LES DOUBLES TOURNOIS AU MILLÉSIME 1615

Le 5 décembre 1614, la régente Marie de Médicis ordonne le décri de toutes les espèces étrangères, parmi lesquelles celles des princes d’Arches-Charleville et de Sedan qui sont riverains de la principauté de Château-Regnault et Linchamps. La princesse de Conty bénéficie d’une exception en faveur de sa pistole d’or et de sa pièce de XXX sols d’argent aux deux bustes, toutes deux millésimées 1614. En revanche, tous les liards et doubles tournois de cuivre, au nom et à l’effigie de François de Bourbon, sont décriés en ces termes :


(photo n°3)

La princesse de Conty, amie personnelle de la reine, forte de l’exception qu’elle a obtenue pour sa pistole et sa pièce de XXX sols, n’entend pas renoncer à sa production de doubles tournois qui est financièrement très lucrative. Le décri du 5 décembre devient exécutoire à Paris le 5 février 1615.

En 1615, à une date indéterminée mais sans doute dès le début de l’année compte tenu du décri dont elle connaissait la teneur, la princesse de Conty fait frapper un nouveau double tournois, totalement différent de ceux de 1614 et 1613. Un nouveau portrait a été gravé, sans rapport avec les précédents. François de Bourbon y a conservé la fraise mais son visage a complètement changé et sa ressemblance avec Henri IV a été accentuée, sans doute volontairement (cf. photo n°4). La légende de l’avers débute de nouveau en bas à 6h tandis qu’un petit lis est insculpé sous le buste du prince. La ponctuation, avers comme revers, est assurée par des points.
Référence : CGKL pp. 388-389 n°648

Ce double tournois circule en 1615 et en 1616. Le 19 décembre 1616, la Cour des Monnaies de Paris ordonne un nouveau décri. Cette décision est rendue exécutoire à Paris le 14 janvier 1617.


(photo n°4)

Plusieurs espèces de la princesse de Conty sont spécialement visées par ce décri : quart d’écu d’argent 1er type aux armes parties de Bourbon-Condé et de Lorraine (classement inverse du classement erroné et arbitraire de Poey d’Avant) et douzain de billon non millésimé, liards millésimés 1613 et 1614, doubles tournois au millésime 1615 qui nous intéressent ici (photo n°4), et autres doubles tournois (photo n°5), non millésimés, montrant un portrait totalement différent.


(photo n°5)

La présence de ces doubles tournois non millésimés dans le texte et les dessins du décri, très différents des doubles tournois millésimés 1615, nous amène à penser qu’à côté de l’atelier monétaire initial de Château-Regnault, un second atelier aurait été installé dans la principauté, sans doute à La Tour-à-Glaire. Nous pensons également que ce double tournois, au portrait négligé, est issu de l’atelier de La Tour-à-Glaire.
Référence : CGKL pp.396-399, n°s 662, 664, 666.

Vivant à la Cour de France, la princesse de Conty s’attendait très certainement à ce décri du 19 décembre 1616. D’où l’absence de doubles tournois au millésime 1616 mais des doubles tournois sans millésime avec le portrait de 1615 orné du petit lis sous le buste. Le revers de ces pièces laisse apparaître la place qui avait été prévue pour le millésime (photo n°6).
Référence : CGKL pp. 388-389 n°648.


(photo n°6)

Il est regrettable que le CGKL qui a créé deux numéros 644 et 646 pour le même double tournois, n’ait pas distingué ici le double tournois millésimé 1615 de ses successeurs sans millésime.

Le double tournois millésimé 1615 marque la fin d’une époque dans la fabrication des doubles tournois de la princesse de Conty. Désormais, après 1615, tous ses très nombreux doubles tournois ne seront pas millésimés, jusqu’aux derniers frappés en 1629, année de l’échange avec Louis XIII, qui montreront ce millésime. C’est par l’examen des baux et permissions monétaires et des décris, en liaison étroite avec l’observation des monnaies, que nous sommes parvenus à ces conclusions qui renouvellent la connaissance du monnayage de Château-Regnault.

C’est pourquoi cet article est également dédié à mon ami Arnaud Clairand, dans l’attente de son ouvrage sur les monnaies royales.

Bien que non-spécialiste des monnaies seigneuriales des Temps Modernes, il applique la même méthode basée sur l’examen privilégié des archives qui sont incontournables et riches de multiples informations de la plus grande importance.

Christian CHARLET

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

  • CGKL 2002, chapitre « Principauté de Château-Regnault », pp. 384-389, n°640 à 648, Paris, 2002, Editions Galerie Les Chevau-Légers.
  • Henri DESCHARMES, Les Monnaies de Château-Regnault, Chalons-sur-Marne, 1932 (extrait de la Nouvelle Revue de Champagne et de Brie, avril 1932), pp. 14-15. Cet ouvrage est consultable au Cabinet des médailles de la BnF.
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