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LA SAINT-NAPOLÉON EN XV AOÛT ESSAI NUMISMATIQUE

| 19/11/2020
Informations

Je n’ai jamais fait mystère de ma sympathie pour Napoléon Bonaparte. L’homme que je veux italien, immigré ou adapté en France, trouva très tôt dans mon enfance un ancrage particulier. Il était pour moi l’homme de tous les possibles. Mes amis me rétorqueront qu’Adamo était un bien meilleur modèle sur la même ligne. Si j’aime le chanteur, je continuerai à porter l’abeille à ma boutonnière. De là à en faire un saint…

    
Collection privée.
Médaille dédiée à Napoléon l’italique Ø48 mm.
D/ Buste du général Bonaparte, en uniforme, à gauche, sur le bord du buste : H. VASSALLO F. (Hieronymus Vassalo fecit.) (Jerôme Vassallo fecit). R/La République française représentée par une femme casquée, accompagnée de la Paix qui tient une branche d’olivier, place de bonnet de la Liberté sur la tête de l’Insubria, qui est conduite par un Génie. Aux pieds de cette figure,une corne d’abondance d’où sortent des fruits et des épis. En exergue : IX LUGLIO MDCCLXXXXVII (9 juillet 1797). Au-dessus de l’exergue à droite : I. S. F. (Joseph Salwirck fecit). Cette médaille fut frappée pour consacrer la mémoire de la fête de la confédération de la République cisalpine, qui eut lieu à Milan le 9 juillet 1797, sous les auspices du général Bonaparte. Joseph Salwirck, graveur de la Monnaie de Milan, fit le revers de cette médaille d’après un dessin d’Andrea Appiani, célèbre peintre milanais.


Nous devons cependant nous poser la question de savoir comment plus de deux siècles après la naissance de cet homme il existe encore des fondations, un mouvement, une fascination, un engouement pour celui qui fut un ogre ou l’Empereur.

Napoleone, Naboulion Buonaparte dont le prénom serait une forme dialectale dérivée de Napoletano, le « Napolitain », entre dans l’Histoire, « la paille au nez », comme Napoléon Bonaparte. On sent la « Divina » Commedia Del Arte et Pulcinella dans cette épopée que fut sa vie. Du tragique au comique, l’existence de l’homme d’État s’inscrit dans une destinée romantique qui le rend attrayant à tous comme l’acteur à succès d’une pièce de théâtre non moins fameuse. Entre César et Brancaleone mon cœur balance…

Il est indéniablement un « personnage illustre » de l’Histoire universelle. Napoléon est le prototype de l’homme moderne, le self-made-man, l’homme qui se fait tout seul. Il est la personnification de la réussite par le « mérite », sous les auspices des bienfaits de la République et donc dans le droit et en justice. Ce droit et cette justice dont nous jouissons aujourd’hui en faisant semblant de ne pas savoir de qui nous les tenons… Je le vois comme un défenseur des principes et des idéaux de la Révolution française. Et, si d’aucuns lui reprocherait de ne les avoir pas bien portés, personne mieux que lui ne les aura si bien essaimés. Il ne voyait aucune contradiction entre l’Empire et la République, l’Empire étant une dictature de salut public qui devait sauver les conquêtes de la Révolution. Quoi qu’il en soit, Bonaparte sera et reste un élément incontournable de la Révolution française et de ce qu’elle apportera à notre monde.

Les Italiens ont attaché une sentence au destin de cet homme : « … dalle stalle alle stelle e dalle stelle alle stalle… », des étables aux étoiles et des étoiles aux étables. En montant vers le ciel, saisi par le pouvoir, l’homme devenu dieu devait coller son image sur sa Légion d’honneur, sur ses monnaies, sur ses tableaux ; ériger des statues le figurant en empereur romain. L’altitude du pouvoir confère ce mal ou cette nécessité de confondre le destin d’un homme avec celui de l’Etat pour le pire ou le meilleur… Napoléon, machiavélique en état d’ébriété, bouffi d’orgueil, suprême vaniteux ou homme d’État avisé, rompu aux mécanismes de la propagande, devait intriquer sa personne et même sa famille… dans le fonctionnement de la Nation. L’institution d’un culte de la personnalité semble inhérent au fonctionnement de ce genre de pouvoir. Napoléon ne manqua pas de faire le paon, le ridicule de ces évènements n’échappa pas au peuple, d’autant qu’il dénotait avec la hauteur impressionnante des réalisations magnifiques du général, du consul, de l’Empereur. L’homme élevé de toutes les manières, confondu avec l’état, devait être loué, fêté solennellement en une journée dédiée à la Nation, à Dieu et au maître sanctifié.


https://www.numisbids.com/n.php?p=lot&sid=669&lot=212
Avec l’aimable autorisation de la maison Varesi.
1806 Médaille Ø 52,8 mm masse 66g Bronze.
D/ « NAPOLEON LE GRAND.EMPEREUR DES FRANCAIS », buste de Napoléon coiffé d’une peau de lion à gauche, Napoléon est représenté en Hercule, l’allusion à Alexandre est inévitable. à droite, une massue d’Hercule, à gauche,un foudre;1806 sous le buste.R/ « ISTRIE/DALMATIE/NAPLES/IENA/BERLIN &;inscription sur cinq lignes dans une couronne de laurier. Signature au droit, sous le buste « B.M.F. » B.Montagny


La tourmente révolutionnaire de 1789 avec son cortège de terreur, d’horreur et de violence s’éloignait avec soulagement. Le nouveau régime aspirait à des temps plus sereins. On se cherchait des espaces de répits et de réconciliations, des moments de réjouissance, des nouvelles fêtes heureuses qu’on voulait nationales. Le 14 juillet apparaissait peu opportun. Cette journée trop sanglante avait accouché du nouveau monde dans trop de douleur. Le 15 août, jour de l’Assomption dédié à la vierge Marie, toujours férié aujourd’hui, était à la fois une fête religieuse importante et une fête dynastique. Louis XIII avait fait du 15 août le socle de la fête de la France.

Louis XIII et Anne d’Autriche s’étaient mariés en 1615, de ce lit il n’était sorti aucune descendance. C’est après 23 ans de mariage, en février 1638, que Louis le juste apprit que la reine était enceinte du futur Louis XIV. Saisi, séance tenante le roi signait à Saint-Germain-en-Laye des lettres patentes plaçant le royaume « sous la protection spéciale de Marie, mère de Jésus ». Ainsi, le 15 août 1638, l’ensemble du royaume célébrait la consécration faite par Louis XIII à la vierge, en lui remettant « sa Personne, son État, sa Couronne et ses Sujets ». Des processions en l’honneur de la vierge et de la France devaient désormais avoir lieu dans tout le pays, tous les ans, le 15 août. Cette fête nationale avant la lettre était trop compromise avec l’Eglise, avec la monarchie, avec l’Ancien Régime pour trouver naturellement sa place au sein de la République.

Napoléon semble n’avoir affiché que peu d’attachement à des sentiments religieux particuliers. En Egypte, il avait pensé se convertir avec toute son armée au culte de Mahomet… Son rapport avec l’Eglise n’était qu’un rapport de prééminence sur l’Etat. Montholon rapporte dans une de ses lettres que « Comme homme, Napoléon croyait au Dieu chrétien. Comme roi, il jugeait la religion une nécessité, un moyen puissant pour gouverner » . Il avait compris que la religion est une nécessité populaire. Dans une allocution aux curés de Milan, il aurait dit : « Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole ». Pour la paix de l’Etat, il faut s’accorder avec les religions. Napoléon visait une réconciliation entre la République française et l’Eglise. Ainsi avec le Concordat de 1801 la religion catholique est reconnue par la République française comme étant la religion professée par « la majorité des citoyens ». Le culte catholique est rétabli en France. La signature du Concordat de 1801 met fin au schisme religieux entre prêtres constitutionnels et réfractaires. Par rapport à 1789, l’Eglise ne retrouve pas toutes ses prérogatives et se trouve inféodée au pouvoir politique ; l’autel n’est plus allié du trône mais subordonné à celui-ci. Le Concordat exige ainsi des ecclésiastiques un serment d’obéissance au gouvernement et non plus seulement à la Constitution ou aux lois. La religion devient un instrument du pouvoir, comme le montrera le catéchisme impérial de 1806 qui exigera amour, respect, obéissance et fidélité à Napoléon Ier. Le sacre de Napoléon à Notre-Dame, le dimanche 2 décembre 1804, révèle cette supériorité du politique par rapport au religieux : le pape Pie VII récite des oraisons à l’Empereur et à l’impératrice puis bénit les attributs de la souveraineté (les régalia) : son épée, son anneau, son manteau, sa couronne… Mais, Napoléon, à la différence de Charlemagne, se couronne lui-même.

Les accords du Concordat avaient été établis le 15 juillet 1801, mais sur le conseil du ministre du Culte, Portalis, leur publication ne fut rendue que le 15 août 1801. Le 3 août 1802 Bonaparte est nommé Consul à vie, cette nomination fut rendue publique le 15 août 1802. Napoléon est né le 15 août 1769. Napoléon tenait une occasion de célébrer le même jour la réconciliation avec l’Eglise, l’Assomption, l’établissement de l’Etat et de la Nation, l’anniversaire de sa naissance et ce dans l’ancien lit du jour de la fête de la France.


http://napol101.skyrock.com/457940573-MEDAILLE-NAPOLEONIENNE.html - Il ne m’a pas été possible de retrouver le propriétaire de cette médaille ou de cette image. Cest avec plaisir que nous référerons  le propriétaire dés qu’il se manifestera. Médaille commémorant le rétablissement du culte et de la religion sur le territoire français.D/ NAPOLEON BONAPARTE – PREMIER CONSUL. Buste tête nue de Napoléon à droite ; en-dessous, sur la tranche du
cou, signature : ANDRIEU FECIT.R/ RÉTABLISSEMENT DU CULTE. La France, debout à droite et tenant le miroir de la Prudence, tend la main à la
Religion affligée, assise auprès d’une église en ruines. À gauche, la cathédrale Notre-Dame de Paris ; à l’exergue : LE XVIII GERMINAL AN X (8 avril 1802). En-dessous, signature le long du listel : ANDRIEU FECIT.Métal : bronze ; Ø : 50,5 mm ; masse : 64,55 g. - Références : Bramsen 213 : Essling 981 ; Julius 1083 ; Milan 356 (Ag).

C’est en 1802, un an après le Concordat, que le Premier consul institue pour la première fois la fête officielle de son anniversaire, qui tout de suite, avec Te Deum à Notre-Dame et feux d’artifice, prend plus d’ampleur que les trois grandes fêtes civiques commémoratives des 14 Juillet ( prise de la Bastille), des 21 Janvier (l’exécution du roi) et des 22 Septembre (le 22 septembre 1792 est le jour 1 de l’An I de la République). Je me dois de rapporter ce que Napoléon aurait pensé de ces évènements, on lui attribue cette citation : « Il faut des fêtes bruyantes aux populations, les sots aiment le bruit, et la multitude c’est les sots »…


avec l’aimable autorisation de cgb.fr
Médaille, Bataille d’Austerlitz 1805 Bronze Ø 40,44 mm.
Graveurs : Andrieu, Droz et Jaley masse 38,72 g tranche lisse D/ NAPOLEON EMP. ET ROI. .Tête laurée de Napoléon à droite ; sur la base du cou ANDRIEU F. ; en-dessous DENON DIRT . R/BATAILLE */ D’AUSTERLITZ/.11. DEC. M. DCCCV. FRIM.AN.XIV. . Sceptre ailé accompagné de foudres ; en-dessous dans un cartouche JALEY.F.

La victoire d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, soulève l’exaltation populaire et porte le culte de la personne de l’Empereur à des extrêmes. Dès le 3 décembre 1805, un membre du Tribunat demande la création d’une fête en l’honneur de la naissance de Napoléon. L’Empereur souhaitait comme chacun son giorno onomastico catholique. Avant la Révolution, la France, la monarchie, les Bourbons honoraient Saint Louis. Le petit caporal victorieux était adoré, il fallait le sanctifier ; l’Empire se cherchait un saint patron, mais de saint Napoléon, au martyrologe romain, on en trouva ni trace ni âme…

Il fallait donc désormais trouver un saint Napoléon.

L’Église romaine avait émis des réserves à cette célébration peu conforme au droit canonique. C’est donc fort heureusement que le cardinal légat Giovanni Battista Caprara retrouva dans le Martirologio Romano de Benoit XIV un santo Neopoli, ami de saint Saturnin, de saint Germain et de saint Célestin, martyrs du début du IVe siècle. À la date du 2 mai 304, il relevait : « … Rome SS. Martyrum Saturnini, Neopoli… Ce saint avait été torturé à Alexandrie puis … à Rome sous le règne de Dioclétien et devait mourir en prison après de grandes souffrances et une très longue agonie. De NEOPOLI, NEOPOLUS, ou NEOPOLIS, NEOPOLE, NEPOLE à NEAPOLIS en passant par NEAPOLUM et NEAPOLIONE, NAPOLIONE ou NAPULIONE, NAPOLEO pour arriver à NAPOLEON il n’y avait que quelques traits que le cardinal Caprara traça à la hussarde. L’Empire tenait son saint !


Domaine public. Bibliothèque nationale de France.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb415143501
https://www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2015-2-page-59.htm. Avec l’aimable autorisation de monsieur Vincent Petit.

Avec la même délicatesse, on déplaça la célébration du saint du 2 mai au 15 août. Cependant saint Neopoli fut maintenu le 2 mai, si les voix du Seigneur sont impénétrables, les désirs de l’Empereur semblaient déterminés. Dès 1805, ce nouveau saint entra dans l’aréopage des martyrs de l’Eglise non sans quelques encombrements. En effet, depuis l’an XI, l’Almanach national célébrait déjà au lendemain de l’Assomption la fête de Saint Napoléon, en lieu et place de Saint Roch. Relevons encore que dans le martyrologe syriaque, un des plus anciens manuscrits connus, il ne figure que saint Saturnin, on retrouve tout au plus un saint EOPOLIS… « L’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord », comme a dit l’autre… n’est ce pas ??


Domaine public Bibliothèque nationale de France
http://catalogue.bnf.fr/ark :/12148/cb41514349t.
https://www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2015-2-page-59.htm. Avec l’aimable autorisation de monsieur Vincent Petit.

Ainsi, saint Napoléon, patron des guerriers, presque saint patron de la France, ayant été reconnu par l’Eglise et ayant fait l’objet d’un décret impérial le 19 février 1806, on put alors célébrer avec solennité pour la première fois le 15 août 1806 la « Saint-Napoléon et le rétablissement de la religion en France ». Il n’échappait à personne que ces célébrations étaient dédiées à la gloire de l’Empereur plus qu’à un saint martyr inconnu jusque-là.

À Rome, Pie VII avait dû avaler cette canonisation abrupte et ce saint aussi inconnu qu’introuvable, mais il y avait des intérêts plus importants à considérer… L’Église catholique romaine consentait à prier pour un saint qui porte le nom de l’empereur, qui plus est le jour de son anniversaire. En fait il était question de prier avec ferveur pour l’Eglise, pour le souverain pontife, pour l’Empereur et pour la paix…
Le décret du 19 février 1806 stipule que la fête de la Saint-Napoléon sera célébrée dans tout l’Empire le 15 août, « jour de l’Assomption et époque de la conclusion du Concordat ». Ce jour-là, dans chaque commune, le ministre du Culte donnera un discours, une procession sera organisée et enfin un Te Deum sera entonné solennellement. Les autorités civiles, militaires et judiciaires devront assister à cette cérémonie.Cette décision fut ratifiée le 3 mars 1806 par le cardinal Caprara.


Décret du 19 février 1806 :
« Art. 1er. La fête de Saint-Napoléon et celle du rétablissement de la religion catholique en France seront célébrées, dans toute l’étendue de l’empire, le15 août de chaque année, jour de l’Assomption, et époque de la conclusion du Concordat.
Art. 2. Il y aura, ledit jour, une procession hors l’église, dans toutes les communes où l’exercice extérieur du culte est autorisé ; dans les autres, la procession aura lieu dans l’intérieur de l’église.
Art. 3. Il sera prononcé, avant la procession, et par un ministre du culte, un discours analogue à la circonstance, et il sera chanté, immédiatement après la rentrée de la procession, un Te Deum solennel.
Domaine public. Bibliothèque nationale de France http://catalogue.bnf.fr/ark :/12148/cb41514348g https://www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2015-2-page-59.htm. Avec l’aimable autorisation de monsieur Vincent Petit.

Partout sur le territoire de l’Empire au son de la cloche et du canon, le 15 août, tous les esprits se réunissent dans le sentiment commun de la gloire nationale. Partout ce sont des Te Deum dans les églises et des illuminations en ville, la journée est chômée, on libère des prisonniers, partout on tient des banquets, on distribue des bouteilles de vin, on assiste aux défilés des garnisons, on fait des aumônes aux pauvres, on organise des jeux et des divertissements publics. Dans les églises ont profite de l’occasion pour se marier et on remercie « l’Éternel du don précieux [qu’il a fait] en mettant sur le trône de France le meilleur et le plus grand des souverains ». La France avait un ange gardien… L’évènement fournissait aux dignitaires locaux et aux plus hautes instances civiles, militaires et judicaires l’occasion de chanter les louanges de l’Empereur. En Belgique des évêques furent tenus d’assister aux homélies parce qu’ils n’avaient pas accueilli l’événement avec assez de chaleur… Pourtant le 4 août 1803, l’évêque de Liège, Mgr Zaepffel, dans son mandement sur la manière de célébrer la fête de l’Assomption, saluait Bonaparte, le « Héros » du peuple français :
« Trente-quatre ans passent à peine, depuis qu’un Quinze Août a vu s’élever l’Astre, qui décore, éclaire et vivifie la France : depuis que Dieu a daigné donner au monde l’homme immortel, à qui, dans les décrets de sa miséricorde, il destinait la direction du Gouvernement pour qu’il relevât les Autels, et rendit à la Patrie sa gloire et sa prospérité. »

A propos de Mgr Zaepffel, on prête un calembour assez mauvais à Napoléon. Zapfen signifie, en allemand, bouchon, spécialement le bouchon d’un tonneau. En signant sa nomination, Bonaparte s’aperçut qu’il allait exercer son ministère à Liège : Allons, tant mieux s’écria-t-il, il y sera populaire, puisqu’il est en liège !

Cette journée nationale fut dédiée aux grandes proclamations, aux libéralités. Ce ne fut donc pas un hasard, si la première pierre de l’Arc de Triomphe à Paris fut posée le 15 août 1806. Le 15 août 1809, Berthier sera fait prince de Wagram, Davout, prince d’Eckmühl, Fouché, duc d’Otrante et Masséna, prince d’Essling. C’est encore un 15 août en 1810 que fut inaugurée la colonne de la Grande Armée, place Vendôme à Paris et promulgué le Code civil, dans le grand-duché de Varsovie. Le 15 août 1811, à Bercy, on posa la première pierre de la halle aux vins et le 15 août 1813, le canal de l’Ourcq fut ouvert à la navigation.

Dans Le Journal des curés, des 15 et 16 août 1809, on peut lire :
« … des bords du Tibre à ceux de la Vistule, des rives du Tage à celles du Danube, de l’antique Corcyre à l’île de Rugen, de la ville où régna Charles-Quint, à la ville antique des Césars, à celle où fut le siège de l’Empire des Germains, le même jour, à la même heure, le bronze tonnant dans les airs a annoncé la Fête de Napoléon ! Le même jour, à la même heure, l’hymne de la Victoire et de la Reconnaissance a retenti dans cent mille Temples consacrés au Seigneur. Cent peuples divers se sont réunis au pied des Autels pour célébrer la naissance de celui que l’univers admire, par qui le Dieu des destinées change et refait, agrandit ou resserre, détruit ou conserve les Etats et leurs barrières, et leurs Chefs et leurs Lois. La Terre raconte la gloire de Napoléon comme les Cieux racontent celle du seigneur !… »

La Saint-Napoléon, sous le premier Empire, n’est qu’une fête parmi d’autres ; on célèbre encore le 2 décembre, le sacre de l’Empereur puis Austerlitz, le mariage de l’Empereur, la naissance d’un héritier et bien des victoires militaires. Sous le Premier et second Empire, la Saint-Napoléon est la fête nationale instituée le jour de la naissance de Napoléon Ier, le 15 août. Elle se tiendra de 1802 à 1813 et de 1852 à 1869.

La Saint-Napoléon est supprimée par l’ordonnance royale du 16 juillet 1814, lors de la première Restauration faisant suite à la première abdication de Napoléon Ier, le 6 avril 1814. Louis XVIII, ramené sur le trône de France en 1814, s’empressa de mettre un terme à cette « plaisanterie ». La vierge Marie, à qui personne n’avait demandé son avis dans cette affaire, fut délivrée de cette association impériale et redevint l’unique vedette des processions du 15 août. Dans les premières années de la Restauration, soit pour fêter la Saint-Napoléon, soit pour détourner les fêtes royales, les manifestations napoléoniennes sont fréquentes. À Paris, ce sont les vétérans de la Grande Armée qui tournent ce jour-là autour de la colonne qui leurs est dédiée, place Vendôme.


Collection privée
Le 15 août, la vierge Marie redevient l’unique vedette.

Médaille dédiée à la vierge Marie, « Médaille Miraculeuse » est le nom que la dévotion populaire catholique a donné à une médaille créée à la suite des événements de 1830, au 140 de la rue du Bac, à Paris. Catherine Labouré, religieuse novice au couvent des sœurs de la charité de Saint Vincent de Paul, raconta à son confesseur avoir vu la vierge Marie. Je vous laisse imaginer ce qu’il serait advenu si elle avait déclaré avoir vu l’Empereur… Cette médaille fut frappée à la demande expresse de la mère de Dieu comme un témoignage d’amour, gage de protection et source de grâce. On observe au droit la vierge Marie, à ses pieds le serpent, le mal écrasé, les rayons de lumière symbolisent les grâces qui sont obtenues par l’intercession de la vierge Marie. La prière ‘O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous’ circule le long du bord de la médaille, entourant la vierge Marie. 1830 est l’année des trois apparitions successives de la vierge Marie à Catherine Labouré. Au revers on lit ‘M’ pour Marie disposé tel un linceul. On compte douze étoiles qui sont les douze tribus d’Israël et les douze apôtres. Marie se trouve au cœur du peuple d’Israël et de l’Eglise. Le créateur du drapeau européen, Arsène Heitz, a choisi les douze étoiles en invoquant le même symbole biblique que la Médaille. Il était d’ailleurs membre de l’Ordre de la Médaille miraculeuse… Le cœur encerclé d’une couronne d’épines est le cœur de Jésus (Sacré-Cœur), cœur du Christ, symbole de son amour infini et sans limites. Le cœur transpercé par une épée est le cœur immaculé de Marie, inséparable de Jésus. Même aux moments les plus tragiques de la passion et de la mort du Christ, Marie était là, partageant sa souffrance. La barre et la Croix symbolisent l’épreuve. La célébration eucharistique, dans la vie chrétienne, est une réactualisation du sacrifice de la crucifixion. Donc on crée des saints sur demande, des médailles miraculeuses, et après tout ce délire on se retrouve avec une fête nationale et le drapeau européen… Si l’Europe devait se trouver un saint patron… il y a une prétendante et un jour qui semble plaire…

Les rois vont faire célébrer chacun le jour de leur saint patron, le 25 août pour Louis XVIII, le 4 novembre pour Charles X et le 1er mai, jour de la Saint-Philippe, pour Louis-Philippe ; ce dernier crée en outre la notion et l’appellation de « fête nationale » pour la célébration, pendant quelques années seulement, des premiers anniversaires de la Révolution de 1830 (les 27, 28 et 29 juillet). La légende napoléonienne circule par capillarité dans tout le corps de la nation. De la même façon, des républicains célèbrent clandestinement l’anniversaire de la prise de la Bastille ou celui de la naissance de la première République. Avec la publication du Mémorial de Sainte-Hélène en1823, l’image de l’Empereur héritier des principes de 1789 et porteur de la gloire nationale se déploie sous les chaumières. Au cours des années 1840, après le retour des cendres de l’Empereur en France, la Saint-Napoléon fut commémorée comme un symbole du principe de « nationalité » et de la mémoire révolutionnaire. En vérité, dans l’ensemble de la période 1815-1848, cet anniversaire avait été spontanément célébré par divers groupes et sympathisants bonapartistes dans toute la France.

Le 15 août 1851, le neveu de l’Empereur, Louis-Napoléon BONAPARTE, le prince président de la IIe République, fruit de la Révolution de 1848, futur Napoléon III, signe en toute solennité un décret attribuant la dignité de chevalier de la Légion d’honneur à septante militaires dont, en tête de liste, une femme qui devenait ainsi la première femme légionnaire, Angélique Marie-Josèphe Duchemin veuve Brulon, née en 1772 à Dinan (Côtes-du-Nord), engagée volontaire en 1792, « vétérane » des guerres de la Révolution, admise pour blessure grave à l’Hôtel des Invalides en 1798 après avoir atteint le grade de lieutenant. La gloire du récipiendaire était partagée ainsi par le prince-président qui honorait par ce décret tant une femme-soldat que les survivants des combats de la Grande Révolution et du premier Empire, tout ceci sous les auspices de la Saint-Napoléon…

La fête de la Saint-Napoléon est réinstaurée par le décret du 16 février 1852 sans que soit toutefois repris l’office de Saint-Napoléon (le nouveau régime ne souhaite pas s’encombrer d’un saint si léger). On ne commémore plus le saint mais seulement la naissance de l’« illustre tonton ». Toutes les fêtes civiques de la seconde République sont remplacées par une fête nationale annuelle unique, le 15 août, la Saint-Napoléon, dite encore fête de l’Empereur. Festivité aussi bien laïque que chrétienne, le 15 Août restera la fête nationale jusqu’en 1869.

Médailles commémorant le 15 Août « Napoléonique » Collection privée.
   
   
   

   

Dans chaque commune pavoisée, dans chaque ville, dans chaque village du pays, la fête commençait par des salves d’artillerie ou par la sonnerie des cloches. On procédait à la distribution d’aumônes aux pauvres, la proclamation des amnisties suivies par un Te Deum dans l’église locale auquel assistaient tous les notables. Ensuite était menée une revue militaire et dans l’après-midi, on organisait des jeux, des divertissements publics au son des fanfares locales qui attiraient la foule. Les réjouissances connaissaient leur apogée dans la soirée avec des feux d’artifices suivis de banquets pour les élites, de « bal gratis », avec une forte participation de la municipalité et surtout du maire. Les rues, les places, les édifices publics, les façades privées, jusqu’aux arbres étaient couverts de guirlandes, de lampions, de feuillages, de drapeaux tricolores, bleu blanc rouge.


Collection privée.

Il n’y eut aucune célébration en août 1870, la France étant en guerre avec la Prusse ; chaque commune fut invitée à célébrer des prières publiques pour le monarque et l’armée. Le 2 septembre 1870, Napoléon III et la France sont défaits à Sedan, ç’en est fini du second Empire et de la Saint-Napoléon. La IIIe République est proclamée le 4 septembre. Les nouveaux dirigeants, aussi hostiles à l’Empire qu’à l’Eglise, décident en mai 1880 que la fête nationale serait désormais fêtée le 14 juillet. Le 6 juillet 1880, le 14 juillet devient officiellement le jour de la fête nationale française.


http://ventesuroffres.free.fr/images/monnaies/vso/v06/v06_1876.jpg
avec l’aimable autorisation de cgb.fr
Médaille satirique travaillée pour la « fête » de Napoléon III à Sedan…

De 1802 à 1813 et surtout de 1852 à 1869 la Saint-Napoléon va enraciner et ritualiser en France la notion de « fête nationale » solennelle qui se répète chaque année en une date unique. Oubliées, la « fête des têtes coupées », la « fête du sang ». La Saint-Napoléon, jour de communion, de célébration, de proclamation, de patriotisme, journée éclatante de divertissements dédiée aux Français née d’une bouffonnade italienne, aura enfanté dans l’illégitimité ; fait d’un homme, était-il visionnaire ou avisé ; la plus glorieuse, la plus belle, la plus joyeuse, la plus symbolique journée que la démocratie, les lumières, la France aient légué au monde : le 14 Juillet.


La rue Montorgueil, Claude Monet,1878

Dès l’avènement du petit tondu, avec ou sans saint Napoléon, le prénom Napoléon se répandit un peu partout en France et dans le monde. Il n’était pas compliqué de deviner les opinions des parents… À la restauration, pour endiguer ce crime de lèse-majesté, on fit connaître que « s’il n’y avait point de saint Napoléon, il était certain qu’il y avait un démon qui portait son nom. On peut lire dans le recueil des Miracles de sainte Zita, vierge morte à Lucca en Toscane, en 1272, qu’elle avait délivré une religieuse possédée de deux démons, dont l’un s’appelait Napoleone, et l’autre Soldanus. N’empêche que, durant tout le vingtième siècle, certaines sources rapporteraient qu'en France, 893 enfants auraient encore été prénommés Napoléon et, de nos jours, la tendance serait à la hausse… !(?) Chaque année, le week-end du 15 août est l'occasion pour la ville d'Ajaccio de célébrer la naissance de l'enfant du pays par de nombreuses manifestations culturelles et moi, ce jour-là, j’ai toujours une pensée émue.


Cette image appartient au Domaine public. https://www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2015-2-page-59.htm. Avec l’aimable autorisation de monsieur Vincent Petit

Ce vitrail se trouve dans l’église Saint-Germain du Chesnay près de Versailles. Il représente saint Napoléon en saint militaire, patron des soldats, coiffé d’un cimier de soldat grec, vêtu de tricolore et d’or, armé d’une lance et d’un bouclier à croix d’or.

  
https://www.cairn.info/revue-napoleonica-la-revue-2015-2-page-59.htm.
Avec l’aimable autorisation de monsieur Vincent Petit

Vitraux du chœur de l’église Saint-Louis de Vichy, réalisés par Antoine Lusson sous l’égide de Napoléon III.
Saint Napoléon apparaît entouré par saint Eugène (de Beauharnais) par sainte Hortense (la mère de Louis-Napoléon), par saint Louis (le père de Louis-Napoléon), par sainte Eugénie (Palafox de Guzmán-Portocarrero, épouse de Napoléon III), par saint Charles (le grand-père) et par saint Joseph (l’oncle), personnages auxquels chaque fois sont prêtés les traits du membre correspondant de la famille impériale.

Si Bonaparte accède au pouvoir après un coup de force brumeux, l’atteinte à la démocratie, après une décennie de terreur, relève pour le moins d’un anachronisme. L’œuvre de pacification du Premier consul est indéniable. Sous le Consulat et l’Empire on assiste à un assainissement financier fondé sur une réforme du système de recouvrement des impôts, sur une nette amélioration du crédit de l’État et sur le contrôle du poids de la dette.

En innovant, en inventant, Bonaparte, père des institutions, fait entrer la France dans le monde moderne.

Sous l’égide de Napoléon Bonaparte, les réalisations sont innombrables, elles existent encore, elles ont changé le visage de la France et du monde. Bonaparte institue le Conseil d’état, crée le Sénat, la Banque de France, le corps préfectoral, les lycées, la Légion d’honneur, les vingt-deux chambres de commerce, le Franc germinal, le premier conseil de prud’hommes, la Cour des comptes, le baccalauréat. Il recrée l’université et ressuscite la fonction du Grand Sanhédrin. Il signe le Concordat, promulgue le Code civil et le Code pénal. Le Code civil des Français qui deviendra en 1807 le Code Napoléon marque la fin des privilèges, la fin de la féodalité, il garantit la liberté civile et l’idée selon laquelle tout homme et toute femme peut jouir de sa liberté et se choisir un destin selon ses mérites… Les Français libérés du joug féodal et des prélèvements du clergé (dîme) sont libres et égaux devant la Loi. Le Code Napoléon est à la loi et au droit moderne ce que l’électricité est à la lumière.

Napoléon Ier commande l’Arc de triomphe de l’Etoile, la construction de la Bourse de Paris, l’érection de l’Arc de Triomphe du Carrousel, la construction de la colonne Vendôme, la construction du palais Brongniart, l’Eglise de la Madeleine, la percée de la rue de Rivoli, de Castiglione et des Pyramides, la nouvelle façade du palais Bourbon, la liaison entre le Louvre et le palais des Tuileries ; la finition de la Cour carrée du Louvre (construction de l’aile ouest et sud) ; le Louvre devient un musée, la numérotation pair-impair des rues de la capitale, la construction de 3 ponts : le pont des Arts, d’Austerlitz et d’Iéna, le canal de l’Ourcq, de Saint Martin et de Saint Denis, la construction de dizaines de fontaines, comme l’Éléphant de la Bastille, l’aménagement du cimetière du Père Lachaise, l’aménagement de nombreux espaces verts, comme le Jardin des Plantes, ou l’embellissement du jardin du Luxembourg, la revalorisation du port d’Anvers…

   
Collection privée.
BUONAPARTE NÉ A AJACCIO LE 15 Août 1769. Buste du général Bonaparte, en uniforme brodé, sans revers, et sans épaulettes, à gauche. Dans une couronne d’olivier : LA FRANCE LUI DEVRA LA VICTOIRE ET LA PAIX. Au-dessous : AN 6 DE LA RÉPUBLIQUE. Cette pièce a été frappée sans doute dans l’intervalle qui s’est écoulé entre le traité de Campo-Formio, signé le 26 vendémiaire an 6 (17 octobre 1797), et le départ de l’expédition d’Egypte, qui eut lieu le 29 floréal an 6 (18 mai 1798). Elle est donc convenablement classée à la fin de 1797. Hennin - N° 834. Pl. 83 - 31 Décembre 1797. - Médaille Ø 33 mm

En tant que numismate, je ne peux manquer de m’attarder quelques lignes sur la définition du franc germinal. La Convention avait défini, en 1795, le franc comme nouvelle unité monétaire et avait déterminé la masse des pièces. Cependant la réforme monétaire n’entrera en vigueur qu’après la proclamation sous le Consulat de la loi du 7 germinal an XI (27 mars 1803). Alors, on procéda à la refonte générale des monnaies, mettant fin à la coexistence des pièces anciennes et nouvelles, à l'exception des monnaies de cuivre. Le franc dit « germinal » correspond à cinq grammes d'argent, au titre de neuf dixièmes. La loi autorise la frappe de pièces d'argent (un quart de franc, un demi-franc, trois-quarts de franc, un franc, deux francs et cinq francs) et d'or (20 francs et 40 francs). En définissant la monnaie par une masse fixe de métal, on réalise la fusion entre monnaie de compte et monnaie réelle.


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Un quart de franc Ø14,87 mm 1,24 g masse théorique 1,25 g


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Un demi-franc Ø18 mm 2,47 g masse théorique 2,5 g.


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Trois quarts de franc masse théorique 3,75 g, je n’ai trouvé cette monnaie pour aucun millésime. Le droit utilisé plus haut provient d’un essai de module de 2 francs Bonaparte par Jaley d’après le procédé de Gengembre, An X.(cgb.fr)


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Un franc Ø23 mm 4,84 g masse théorique 5 g


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Deux francs Ø26,53 mm 9,91g masse théorique 10 g


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Cinq francs Ø37,16 mm 24,84 g masse théorique 25 g


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Vingt francs dit le « Napoléon » Ø21 mm 5,805 g. Les pièces de vingt francs « seront à la taille de cent cinquante-cinq pièces au kilogramme » soit une masse théorique de 6,45 g. avec un titre à « neuf dixième de fin » (900 millièmes d’or) et un dixième d’alliage ». Notons que ce qui se voudrait son « équivalent » soit le Louis d’or, sous Louis XVI en 1786 avait une masse de théorique de 7,649 g au 917 millièmes.


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Le « double-napoléon » Ø26 mm 12,89 g. Les pièces de quarante francs « seront à la taille de 77,5 pièces au kilogramme » soit une masse théorique de 12,90 g. avec un titre à « neuf dixième de fin » (900 millièmes d’or) et un dixième d’alliage ».

Mon ami, le professeur Wilkin, m’explique qu’en l’an XI, il n’a été frappé que des 40, 20, 5, 1 et 1/2 francs. Le demi-franc est rare et n’a été frappé qu’à Paris (31.380 exemplaires). Quant aux 3/4 de francs nous n’avons retrouvé cette valeur pour aucun millésime, peut-être avait elle un quelconque équivalent sous l’Ancien Régime ?

Napoléon, c’est aussi « Bona », l’ogre, le despote autoritaire. On raconte qu’un jour, il décocha un coup de pied dans le ventre du sénateur Volney qui n’était pas d’accord avec lui. Je ne sais si le pauvre homme encaissa vraiment un coup dans le bide mais il semble que l’Empereur pouvait par moment afficher un caractère pour le moins difficile… Quoi qu’il en soit ; il a interdit les grèves et les manifestations des syndicats. Il a réinstauré l’impôt sur le sel, ainsi que la surveillance des ouvriers à travers le rétablissement du « livret ouvrier ». II a censuré la presse et la littérature. Il a rétabli l’esclavage qui avait été aboli par la Révolution. Comme il avait réprimé une insurrection royaliste laissant 300 morts sur le parvis de Saint Roch, il a mené les affaires de la nation, sans état d’âme… La conscience de l’état est à l’homme ce que la faux est au fétu de paille.

Mais le monde était-il plus beau ailleurs ?


http://robertsaunders.wdfiles.com/local--files/1832/Napoléon%201.jpg Domaine public.

Anabulium était le surnom de saint Nicolas de Bari. Cela signifiait que l'homme portait le pallium, l’écharpe sacerdotale consacrant officiellement le rang d’évêque dans l’Eglise catholique. Mon maître et ami le professeur Moreaux soutient que cette histoire pourrait tenir la route. En effet en 325 pcn, lors du Concile de Nicée, saint Nicolas aurait giflé Arius parce qu’il s’opposait à la divinité du Christ. L’empereur Constantin qui ne pouvait cautionner un tel acte de violence fit incarcérer Nicolas après lui avoir retiré ses vêtements liturgiques. Pendant la nuit Jésus et la vierge Marie (on commence à la comprendre… ) vinrent trouver Nicolas dans sa cellule pour lui donner un évangile et pour lui restituer ses vêtements sacerdotaux. L’épisode miraculeux eu pour effet de rendre à notre bon saint toute sa légitimité. Dans les écrits, le vêtement « omophorion » rapporté en grec aura été traduit en latin par ANABULIUM et l’homme visité par les plus hautes instances serait devenu saint Nicolas à l’Anabulium en latin… L’italien aurait transformé Anabulium en Anabulione qui pouvait devenir Nabulione… sincèrement, entre nous, nous ne sommes plus à ça près. Il était donc sacré ce prénom, finalement ! Mais, entendons-nous pour laisser le 6 décembre aux enfants et à saint Nicolas seulement…

La vie de Napoléon est un roman, son destin une épopée valant celle d’Alexandre et de César. L’homme est un héros fantastique qui entre dans l’histoire couvrant sa nation de la plus grande gloire. Sa défaite plus grande que ses victoires forge une déchéance christique, un calvaire qui connaît son apothéose après une injuste, longue et terrible agonie ; loin sur un rocher au bout du monde, celui qu’on avait sanctifié avant qu’il ne subisse son martyre devait entrer comme un saint dans le mythe et la légende. Trouvant le chemin de la propagande, dans l’imaginaire populaire, ce saint Napoléon pouvait finalement devenir Napoléon.

« La haute tragédie est l’école des grands hommes ; elle doit être celle des rois et des peuples ; c’est le point le plus élevé auquel un poète puisse parvenir. »
N.B.

À René et à Dany.

A. SFERRAZZA


Domine salvum fac Imperatorem Napoleonem

Références, sources et liens
Saint Napoléon, un saint pour la nation Contribution à l’imaginaire politique français par Vincent Petit
Napoléon par Jean Tullard
Le mythe de Napoléon, Jean Tullard, Paris, Armand Colin, 1971.
Napoléon par Max Gallo
Martyrologe Romain publié par l’ordre de Grégoire XIII, revu par l’autorité d’Urbain VIII et de Clément XIII, édition augmentée et corrigée par le pape Benoît XIV… Paris, Le Clère, 1830, p. 123.
Michel Vergé-Franceschi, Napoléon, une enfance corse, Paris, Bibliothèque historique Larousse, 2009.
Vincent Petit, God save la France. La religion et la nation, Paris, Cerf, 2015.
Jacqueline Lalouette, Jours de fête. Jours fériés et fêtes légales dans la France contemporaine, Paris, Tallandier, 2010.
Jean-Pierre Bois, Histoire des 14 Juillet, 1789-1919, Rennes, Éditions Ouest-France, coll. « Université », 1991, pp. 90-91.
Alain Corbin, « La fête de souveraineté », dans Alain Corbin, Noëlle Gérôme, Danielle Tartakowsky (dir.), Les usages politiques des fêtes aux XIX-XXe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994, pp. 25-38.
Légende céleste, Vie des Saints, 1846
La jeunesse inédite de Napoléon Paul Bartel, 1954
Baptiste-Honoré-Raymond Capefigue, L’Europe pendant le consulat et l’empire de Napoléon
Mona Ozouf, La Fête révolutionnaire 1789-1799 (Paris, Gallimard, 1976).
Michael Broers, The Politics of Religion in Napoleonic Italy : The War agains God 1801-1814 (Londres, Routledge, 2002.
Françoise Waquet, Les fêtes royales sous la Restauration ou l’Ancien Régime retrouvé (Genève, Droz, 1981).
Sudhir Hazareesingh, From Subject to Citizen. The Second Empire and the Emergence of Modem French Democracy (Princeton, New Jersey, Princeton University Press, 1998).
Sudhir Hazareesingh, La Saint-Napoléon. Quand le 14 juillet se fêtait le 15 août. Paris, Éditions Tallandier, 2007.
Sudhir Hazareesingh, « L’opposition républicaine aux fêtes civiques du Second Empire : fête, anti-fête et souveraineté », Revue d’histoire du XIXe siècle n° 26-27, 2003, présente les résistances républicaines à la Saint-Napoléon dans plusieurs départements, dont celui de l’Yonne. Article repris dans l’ouvrage du même auteur indiqué en note 1.
Sudhir Hazareesingh, La légende de Napoléon, Paris, Tallandier, 2005 et Seuil, coll. Points-histoire, 2008, d’après ADY 3-M1-88 et 3-M1-87.
Jean-Pierre Bois, Histoire des 14 Juillet, op. cit., note 26.
Louis Girard, Napoléon III (Paris, Fayard, 1986).
Walter Bruyère-

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