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L’ÉMANCIPATION DE LA SEINE-INFÉRIEURE VIS-À-VIS DES GRAVEURS PARISIENS | 20/04/2026 Informations ACHILLE HAMEL, TRAJECTOIRE D’UN MÉDAILLEUR OUBLIÉ1 « La gravure en médailles n’a dans notre ville qu’un seul et digne représentant : c’est M. Hamel, qui a, de plus, l’honneur d’avoir implanté à Rouen cet art qu’il ne paraissait guère possible de faire réussir en province. En dépit des nombreuses difficultés que l’artiste rencontre dans l’obligation d’aborder tous les genres, ce qui n’a pas lieu à Paris, où s’explique ainsi la supériorité des spécialistes, M. Hamel a fait preuve d’un talent aussi sûr que varié dans l’exécution d’une grande quantité de médailles depuis quelques années. (…). L’Académie décerne un rappel de médaille d’argent à M. Hamel » (Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, 1858 p.71) Éclipsés par les artistes de « l’âge d’or » de la médaille, dans les années 1890-1920, bon nombre de graveurs du milieu du 19e siècle restent encore dans l’ombre, malgré toutes les louanges et prix reçus. C’est tout particulièrement le cas d’un homme qui a connu un succès incontestable, d’abord en Normandie, puis au-delà des frontières régionales, à Paris : Achille Hamel. Pendant près de 50 ans, de 1850 à 1900, la création de nouveaux types de médailles en Seine-Maritime (Seine-Inférieure à l’époque) est presque exclusivement attribuable à cet homme, puis à ses successeurs, Lecomte et Noël. 1848-1860, LES ANNÉES ROUENNAISES, L’ESSOR D’UN GRAVEUR En 1848, la première trace d’Achille Hamel résonne comme un coup d’éclat – il a alors 28 ans. Il est récompensé d’une grande médaille de bronze pour la qualité de son travail. L’éloge est particulièrement appuyé : il « nous a fait admirer trois médailles qu’il a exécutées pour la Société d’horticulture de Rouen. Il est impossible de rien voir de plus coquet, de plus gracieux, de mieux travaillé ; les fleurs, les fruits, les outils de jardinage sont gravés avec une rare perfection, et de manière à rivaliser avantageusement avec les plus habiles ouvriers de la capitale.
Veuf en 1850, il se remarie en 1852 avec Angélique Baullier6, en février. Le couple accueille une petite fille fin novembre. Cette union correspond à la croissance rapide de sa production de médailles, qui s’explique sans doute par la profession de son épouse, qui est aussi « graveur en métaux ». En quelques années, de nombreux modèles pour des institutions normandes voient le jour. Leur éclectisme est particulièrement frappant : Caisse d’Epargne et de Prévoyance de Rouen7, Société des Régates rouennaises8, Ville de Rouen9, comptoir d’escompte de Rouen10, sans doute la banque la plus réputée de la place normande au 19e siècle, Conseil central d’hygiène et de salubrité de Seine-Inférieure11, ou encore les assurances La Clémentine12. En 1854, il est choisi pour la réalisation du nouveau jeton de présence de la société libre d’Emulation du Commerce et de l’Industrie, fusion de la Société du Commerce et de l’Industrie et de la Société d’Emulation13. Cela lui permet d’entrer dans cette société savante, particulièrement influente dans la capitale normande, tant elle rassemble une élite locale, qui se distingue par sa sensibilité progressiste et scientifique. Dès cette date, il devient un notable rouennais. À cette époque, Achille Hamel bénéficie aussi d’un soutien inattendu : le Journal de Rouen lui assure une promotion assez exceptionnelle. L’attention qui lui est portée permet de bien suivre sa carrière – et c’est particulièrement précieux pour rédiger une biographie. Néanmoins, la lecture des articles laisse parfois songeur, tant le ton est proche du publi-reportage14. Il bénéficie de deux récompenses, des médailles d’argent, décernées par l’académie des Sciences, belles-lettres et arts de Rouen, en 1854 et 58. 1858-59 est une période charnière : Hamel réalise les médailles de récompense et de souvenir de l’Exposition régionale de Rouen, et le concert des louanges dépasse cette fois les frontières normandes, puisque son travail trouve grâce aux yeux de la Gazette des Beaux-Arts dans son numéro du 1er octobre. Les commandes, aussi, débordent du cadre régional, avec en particulier la Société des régates parisiennes15, L’exposition régionale de Bordeaux16, l’Exposition régionale de Nantes (souvenir et récompense)17. 1861-1879, LES ANNÉES PARISIENNES, LA CONSÉCRATION AVANT LA CHUTE Sa trace se perd dans un premier temps, alors qu’il déménage avec sa famille à Paris, et qu’il cède son entreprise à Adolphe Lecomte, un graveur lui aussi d’origine normande, mais établi jusque là à Lille. Cette disparition ne signifie pas qu’il échoue pour autant. Il émerge de nouveau, et de quelle manière, en 1866. Il réalise une médaille pour commémorer les pèlerinages au Saint-Sépulcre18, ce qui lui vaut de recevoir « le titre et les insignes de Chevalier du Saint-Sépulcre »19 en 1867. À cette période, il est choisi pour réaliser la médaille de récompense pour la partie navigation de plaisance à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris, symbole de l’apogée du Second Empire – cette attribution est sans aucun doute la preuve de la reconnaissance de son talent. La médaille est clairement un succès, puisque le Yacht-Club de France se porte acquéreur du coin d’avers pour sa médaille de récompense, et demande à Hamel de produire un nouveau revers20.
Le graveur enchaîne alors plusieurs commandes liées à ces événements particuliers que sont les Expositions. Il conçoit les médailles de récompenses et de souvenirs de l’Exposition internationale maritime du Havre21 en 1868 par exemple. 1869, puis 1870 sont des années d’inflexion dramatique. Hamel continue d’enregistrer les commandes (Exposition industrielle de Beauvais par exemple). Mais alors qu’il s’apprête à sortir des frontières françaises pour participer à l’exposition d’Altona, en Prusse, à la fin août – il lui sera décerné une médaille d’argent à cette occasion, une véritable tragédie survient. À la mi-août, à l’occasion d’un voyage à destination de l’Italie, sa femme et sa fille disparaissent dans le lac du Bourget, victimes d’un chavirage d’embarcation dont lui-même réchappe22,23. Les corps des deux malheureuses ne seront jamais retrouvés. Et puis quelques mois plus tard, son domicile parisien est vraisemblablement sinistré pendant la Commune. Il est très probable qu’il revienne à cette période sur Rouen24, pour quelque temps, avant de s’installer de nouveau à Paris, à une autre adresse, vers 1872-73, jusqu’à sa mort. Quand il revient dans la capitale, il exécute encore quelques commandes, parfois en provenance de Normandie, à l’instar d’une médaille de récompense pour le compte du Petit Séminaire de Rouen, en 187425. Néanmoins, le rythme s’est considérablement ralenti, puisque seule une dizaine de modèles apparaît au dépôt légal entre 1871 et 1879 – au cours de la seule année 1866, il en avait réalisé 12. Il décède à Paris le 26 juin 1879, à l’âge de 59 ans, manifestement des suites d’une longue maladie – les remaniements successifs de son testament26 au cours des six derniers mois de sa vie en semblent une indication. Sa mort est déclarée par un ami, Louis Leclerc, qui réside à Rouen, et par son frère cadet, Ulysse. Ce dernier reprendra ponctuellement le flambeau fraternel, en réalisant notamment deux médailles pour Notre Dame de Bonsecours : l’une pour célébrer le couronnement en 1880, l’autre pour commémorer sa consécration en 188527. Il laisse derrière lui une œuvre riche d’au moins une centaine de modèles originaux – un chiffre clairement sous-estimé au regard des « trous » dans les sources d’informations le concernant à plusieurs périodes. Son souvenir s’efface bien rapidement alors qu’il bénéfice à son époque d’une reconnaissance de son talent qu’il paraît difficile de contester, mais qui ne nous est pas parvenue en tant que telle. Il ne semble avoir été l’élève, ou le maître d’aucun graveur. Son absence dans les salons et expositions en tant que graveur, pour présenter son travail, est sans doute aussi préjudiciable. Enfin, l’absence de toute descendance familiale directe n’est pas de nature à favoriser l’entretien de sa mémoire. Pourtant, son activité professionnelle lui survit d’une certaine manière : le commerce qu’il a fondé cours Boieldieu perdure pendant plusieurs décennies28, de manière particulièrement éclatante avec ses deux premiers successeurs : Adolphe Lecomte jusqu’en 1879 puis Adolphe Noël jusqu’au début du 20e siècle. Ces deux graveurs ont également produit des médailles remarquables - leurs deux inventaires combinent une centaine de modèles, mais c’est là une autre histoire. Guillaume CHASSANITE ANNEXE – médailles et jetons Hamel
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