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CHARLES FROIDEVAUX, HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE

| 08/06/2019
Informations

Retrouvez ci-dessous la recension de l'ouvrage en trois volumes de Charles Froidevaux, Histoire économique et monétaire en Suisse occidentale (1589-1818). Ce compte-rendu rédigé par Christian Charlet est paru dans Le Bulletin Numismatique de juin 2019 , le 187. Par ailleurs l'ouvrage est disponible à la vente sur www.cgb.fr au prix de 89,00 € : Histoire économique et monétaire en Suisse occidentale (1589-1818)

L’ouvrage monumental (958 pages) de Charles Froidevaux, en trois gros volumes réunis en boîtier (éditions Alphil de Neuchâtel), doit être marqué d’une pierre blanche. En effet, nous ne sommes pas du tout en présence d’un énième catalogue concernant certaines monnaies suisses comme il en existe plusieurs comme celui de Richter et Kunzmann (HMZ, 2006), utilisé par Jean-Paul Divo pour écrire son catalogue des monnaies suisses de la Bibliothèque nationale de France (Revue numismatique suisse, 2007 ; p. 117-156). Non, nous sommes ici, avec Charles Froidevaux, en présence d’un travail de recherche de grande qualité, l’œuvre d’un vrai chercheur qui n’a ménagé ni son temps, ni ses moyens financiers pour nous offrir le résultat totalement positif de 25 ans de travaux.

C’est pourquoi son ouvrage fera date car il est du niveau des plus grands auteurs qui se sont intéressés aux monnaies suisses, tels qu’Eugène Demole pour Genève (1892) et Neuchâtel (1939) ou les Gnecchi (1887), pour les Trivulzio (maréchal de Trivulce – cf. Duby – et ses successeurs), monnaies qui n’ont de suisse que les affirmations impérialistes.

       

Né à Saint-Gall et demeurant à Neuchâtel depuis des décennies, parfaitement bilingue en allemand et en français, francophile autant que francophone, docteur en économie, spécialiste de la finance puis dirigeant d’entreprise, en même temps passionné de numismatique, Charles Froidevaux a mis ses connaissances universitaires et sa riche expérience professionnelle au service de la recherche numismatique, en vrai professionnel de la discipline bien que statutairement amateur indépendant. Pendant plus de 25 ans, il a étudié les monnaies de Neuchâtel selon les critères les plus modernes de la recherche numismatique, comparant sans relâche les monnaies aux documents d’archives, raisonnant en vrai scientifique qu’il est, maîtrisant les mathématiques et la science économique, disciplines qui lui sont familières. Il replace les monnaies de Neuchâtel dans le contexte des autres monnayages suisses, souligne l’importance de Berne (qui n’est pas par hasard la capitale de la Suisse), aborde de manière passionnante le problème du faux monnayage à la fin du règne de Louis XIV, étudie les personnes en rapport avec les monnaies et fait apparaître le pouvoir exercé par certaines familles. Sa démonstration est claire, logique et si bien exprimée que le lecteur suit facilement le fil conducteur de la pensée de l’auteur. Un régal pour l’esprit et la lecture.

Le premier volume est intitulé « Pouvoir, monnaie et faux-monnayage ». C’est une magnifique synthèse des événements du XVIIe siècle que doivent connaître tous ceux qui s’intéressent aux monnayages de cette époque, royaux (Louis XIII, Louis XIV) et seigneuriaux (Montbéliard, Besançon, Dole, Dombes, Orange, Avignon, principautés ardennaises et lorraines…). En particulier l’auteur, avec le concours de notre ami Arnaud Clairand, jette une nouvelle lumière sur l’activité de l’atelier royal de Besançon et la fabrication de faux louis d’or durant la période des réformations (1689-1723).

Le second volume est consacré aux monnaies du comté puis de la principauté souveraine de Neuchâtel, la transformation de l’un en l’autre ayant eu lieu en 1658 au profit du comte souverain de Neuchâtel, Henri II d’Orléans-Longueville, qui fut chef de la délégation diplomatique française aux traités de Westphalie (1648). Il en fut remercié par ce titre de prince concrétisant la mutation de son comté en principauté. Les Orléans-Longueville régnèrent sur la terre souveraine de Neuchâtel de 1504 à 1707, mais c’est en 1589 seulement que Marie de Bourbon-Vendôme, veuve de Léonor d’Orléans-Longueville, remit en activité l’atelier monétaire de Neuchâtel, fermé depuis le Moyen-Âge, au bénéfice de son fils Henri Ier duc d’Orléans-Longueville. Ce dernier est connu dans la numismatique française : la même année 1589, il faisait frapper, avec sa vaisselle d’argent, les rarissimes quarts d’écu de Saint-Quentin en sa qualité de gouverneur de Picardie luttant contre le célèbre Alexandre Farnèse, gouverneur des Pays-Bas Espagnols.

Descendants directs du roi Charles V par Dunois, dit « le bâtard d’Orléans », les ducs d’Orléans-Longueville, pairs de France et gouverneurs quasi héréditaires de la Normandie ou/et de la Picardie, jouèrent un rôle très important dans l’histoire de France. La seconde épouse d’Henri II d’Orléans-Longueville (1595-1663), Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, qui fut la célèbre duchesse de Longueville de la Fronde, était la sœur du « Grand Condé » ; son fils Charles-Paris, né pendant la Fronde de ses amours avec La Rochefoucauld, fut un souverain éphémère de Neuchâtel qui mourut en 1672 lors du passage du Rhin. Il nous laissa quelques monnaies rarissimes frappées lors de son avènement en 1668.

Félicitations à Charles Froidevaux pour ce magnifique catalogue des monnaies neuchâteloises. Il m’amène à prévoir une suite à mon article de 1992 dans les Cahiers Numismatiques (n° 111) consacré aux « Coins monétaires de Neuchâtel gravés à Paris » par Jean Verdeloche.

Le troisième volume a pour titre « Sources économiques, monétaires, politiques et pouvoir familial ». Son contenu est en osmose avec celui des deux premiers volumes qu’il complète parfaitement. Charles Froidevaux, ici également, a bien étudié les archives : je suis convaincu que notre ami Arnaud Clairand, n’y est pas étranger. Les monnaies qui « racontent l’histoire », selon la formule célèbre de Jean Babelon, lequel marqua la numismatique pendant plus d’un demi-siècle, de 1913 à 1978, sont ici remises dans leur contexte général, historique, économique, politique et sociologique. Charles Froidevaux nous fait connaître les familles locales qui ont eu le pouvoir de les influencer. Nous sommes au cœur de l’histoire de Neuchâtel à travers ses notables locaux, la monnaie étant émise ici au nom de souverains absents et lointains.

À la mort, en 1707, de la dernière des Orléans-Longueville, Marie de Nemours, fille du premier mariage de Henri II, Louis XIV, empêtré dans les revers militaires de la guerre de Succession d’Espagne, n’était plus en position de faire prévaloir les droits d’un prince français sur la principauté de Neuchâtel. Celle-ci échut alors au roi de Prusse dont les descendants la conservèrent jusqu’en 1840, exception faite de la période 1805-1815 pendant laquelle Napoléon l’attribua à son chef d’état-major, le maréchal Berthier. Berthier battit monnaie pour Neuchâtel, des batzen de billon qui ne sont pas très rares et des pièces d’argent rarissimes ayant fait l’objet de faux à la fin du XIXe siècle (voir Paul Bordeaux à ce sujet). En 1848, la principauté devint définitivement un canton suisse de la Confédération Helvétique.

En résumé, voilà près de 1 000 pages passionnantes que l’on a grand plaisir à lire sans effort et qui suscitent l’enthousiasme de bout en bout, tant cet ouvrage est captivant, même dans ses parties chiffrées ou ses graphiques. Pour le catalogue des monnaies neuchâteloises, il prend la suite du Demole, Wavre, Montandon de 1839 qui était précédé d’études d’Eugène Demole dans la Revue suisse de numismatique. Il complète et rectifie quand c’est nécessaire cet ancien monument de la numismatique remplacé par le nouveau monument de référence qu’il est. Pour nous autres Français, l’approche de Charles Froidevaux est passionnante et indispensable car elle est originale et totalement libre par rapport à l’histoire officielle et à la « pensée unique » qui dominent beaucoup trop chez nous.

Je recommande donc chaleureusement cet ouvrage à tous les numismates, notamment aux amateurs de monnaies françaises des temps modernes (XVI-XIXe siècles). Ils doivent connaître les informations considérables que nous livre Charles Froidevaux. Son prix (89 euros) ne doit pas être un obstacle : le livre le vaut largement à tous points de vue, tant quantitatif que qualitatif.

Pour les personnes qui ne connaîtraient pas le monnayage de Neuchâtel, je recommande la remarquable étude de Denise de Rougemont, alors conservatrice du Cabinet des médailles du Musée de Neuchâtel, dans le catalogue de l’exposition La Monnaie, miroir des Rois, organisée à la Monnaie de Paris en 1978. Elle était intitulée, fort justement, « La monnaie, miroir de princes absents ».

Un grand merci à Charles Froidevaux et des félicitations sans limites.

Christian CHARLET

P.S. Au XIXe siècle, les excellents catalogues de Raymond Serrure, copiés ensuite par Boudeau, accueillaient les monnaies des Orléans-Longueville au titre de « souverainetés indépendantes », comme celles des ducs de Nevers à Arches-Charleville, des ducs de Bouillon à Sedan, du prince de Conty à Château-Regnault, des princes de Dombes à Trévoux, des princes d’Orange, etc. C’était du bon sens que le retour en arrière au profit de Poey d’Avant a fait perdre.

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